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Discussion de quelques hadiths sur Al-Mahdi (ajf)

Discussion de quelques hadiths sur Al-Mahdi (ajf)
  • H.H. AL-AMIDI
  • 2016-03-06 18:03
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Introduction

Ce qui m'amena, entre autres, à rédiger cette étude fut l'irrespect affiché par certaines plumes inexpérimentées envers des vérités islamiques fixes relatives au hadith. En effet, nous avions été submergés, en un laps de temps très court, par des écrits dénués des critères scientifiques les plus simples pour une étude critique des hadiths, d'autant plus qu'ils élevaient des barrières pour tout rapprochement entre les différents points de vue qui s'expriment sur la scène musulmane.  Le danger de tels écrits réside dans le fait qu'ils sont dépourvus de tous critères scientifiques pour se livrer à une critique quelconque, ne représentant qu'une culture dictée, continuellement soumise au désespoir et à la frustration. De plus, ils sont dénués de toutes les bases et les règles scientifiques pour une étude de la science du hadith, qui a déjà imposé ses propres règles. Dans cette affaire, la critique du hadith ne peut être une question relative qui varie en fonction des différentes cultures. La sunna elle-même a défini certaines règles générales qui peuvent être utilisées pour réfuter les erreurs.

Le vénérable prophète (pslf) nous a enseigné les comportements les plus nobles, sinon personne ne l'aurait suivi, il a pourtant affronté la pensée inique de la Jahiliyah (avant l’islam) par l'adoption d'un comportement des plus nobles. La communauté qui réussit à affronter l'erreur en suivant son chemin et en fondant la base d'une civilisation aussi vaste que puissante, en est également capable. Cependant, notre communauté a perdu la réelle confrontation avec l'erreur et s'est repliée sur une Jahiliyah d'une autre sorte, consacrée par son éloignement du saint Coran et de la sunna purifiée du saint Prophète et sa sainte famille (pseux). Qu’il est grand, aujourd'hui, notre besoin d'engager un dialogue franc, une critique constructive et un retour rapide vers le Coran et le Hadith. De même, nous avons grandement besoin de connaître notre patrimoine du Hadith , et en cela, il n'y a aucune différence entre les ouvrages de hadiths Chiites ou Sunnites, ils font tous partie de notre patrimoine, ainsi que les moyens de développer les aptitudes et les capacités scientifiques pour servir ce patrimoine et mener une critique ouverte aux autres basées sur un comportement fidèle aux principes de l'Islam, tout ayant à l'esprit que le changement souhaité vers le meilleur ne peut être obtenu par une critique injuste qui ne cherche qu'à écraser l'adversaire . Une telle critique d'ailleurs ne peut être menée que par des gens dépourvus de connaissance et à l'esprit étroit, ne pouvant distinguer entre les questions fixes et celles qui peuvent être mises en doute. Ce faisant, ils ne comblent aucun vide mais contribuent à en creuser, au contraire, puisqu'ils appuient un genre de critique qui ne voit que le cadre d'une image ou que le nom d'un personnage. Une autre variante de ce genre de critique consiste à ridiculiser l'adversaire, sinon à l'insulter.  Cette façon de mener la critique représente une menace, tout en étant éloignée de toute objectivité scientifique, car elle prouve avec ignorance que l'autre partie qui, se sentant constamment menacée et défiée, pourrait recourir au même langage. C'est pour cette raison qu'il est nécessaire de retourner à la source limpide de l'Islam en cernant les contours de cette culture déviée qui agit dans le corps de la communauté comme une cellule cancéreuse. Comment ne pas la juger ainsi alors que son but déclaré consiste à mettre en doute des données stables et fixes de la religion sur lesquelles elle est en désaccord ?

Parmi les données stables et fixes se trouve la question de la croyance en l'apparition de l'Imam Al-Mahdi (ajf) à la fin des temps. Cette question fut en effet, critiquée par des gens dépourvus de critères objectifs pour mener une critique du hadith et influencés par les études orientalistes, telles que celles de Goldziher pour qui la question de l'Imam Al-Mahdi n'est qu'un mythe et une supercherie.  Ainsi ils ont poignardé l'Islam, sans tenir compte que ce qu'ils nomment mythe a étendu sa présence dans tout le patrimoine musulman et s'est retrouvé à toutes les époques, ralliant les cœurs et la foi de toutes les générations. Peut-on prétendre que ce soit un mythe alors que l'unanimité a admis l'authenticité du récit? Pourtant, nous ne connaissons aucune nation dont l'histoire a été créée par un mythe, d'autant plus qu'il s'agit ici de la communauté de Mohammad (pslf), qui fut des plus avancées, au dire même des Orientalistes, et où le rôle du Coran et de la sunna fut d'élever les esprits et de combattre les innovations, les mythes et les fables qui dominaient la société antéislamique. C'est à partir de ces réflexions et pour amorcer le débat qu'est née cette étude, une modeste contribution ouverte à la critique constructive, qui éclaire et développe dans le but d'une compréhension commune du patrimoine musulman, et qui barre la route à toute remise en cause de l'une des questions les plus importantes de l'Islam, celle de l'apparition de l'Imam Al-Mahdi (ajf) à la fin des temps, à partir des récits du saint prophète de l’islam ( pslf ). 

 

I)- Fréquence des hadiths relatifs à l'Imam al-Mahdi (ajf) :

Il fut notoirement connu, pour tous les Musulmans, et à toutes les époques, qu'à la fin des temps, un homme issu des Ahlou-l-Beit viendra nécessairement pour confirmer la religion, instaurer la justice et répandre l'Islam sur toute la terre et cet homme a reçu l'appellation de l'Imam Al-Mahdi.

Ibn Khaldoun discuta la question en mettant en doute la véracité de la plupart des hadiths qui s'y rapportent. Mais de nombreux savants ont reconnu la fréquence et la véracité des hadiths se rapportant à l'Imam Al-Mahdi (ajf), même s'ils n'ont pas reconnu leur large diffusion. Ils se sont appuyés sur un grand nombre de compagnons et parmi ces savants : Ibn Sa'd, Ibn Abi Chaybah, Ahmad b. Hanbal, Abou Bakr al-Iskafi, Ibn Majah, Abou Dawoud, At-Tirmidhi, At-Tabari, Al-Maqdissi,  At-Tabarani, Al-Bayhaqi, Ibn Assakir, Ibn al-jawzi, Sibt d’Ibn al-jawzi, Ibn Abi-l-Hadid, Al-Qortobi, Ibn Khalliqan, Ibn Taymiyyah, Adh-Dhahabi, Ibn Qayyim al-jawziyyah et d'autres…

Ces savants ont vécu avant l'époque d'Ibn Khaldoun qui a examiné les hadiths relatifs à Al-Mahdi (ajf), et il a mis en doute la véracité de la plupart d'entre eux bien qu'il n'en ait étudié qu'une faible partie. En réalité, très peu de savants, antérieurs et postérieurs à Ibn Khaldoun, sont du même avis, mis à part les orientalistes. Nous citerons à présent les sources, les compagnons, sur lesquels les savants musulmans se sont appuyés pour rapporter leurs hadiths : Fatima la sainte fille du messager d'Allah (pseux), Mou'adh b. Jabal, Qutadah b. an-Nou'man, Omar, Abou Dhar al-Ghifari, Abbas b. Abdou-l-Mouttalib, Othman, Salman al-Mohammadi, Talhah, Ammar b. Yassir, l’imam Ali(psl), Zayd, Hafsah, l’imam Hassan(as), Aichah, Abou Hourayrah, l’imam Hussein (as), Oum Salmah, Abdoullah fils d’Omar, Abdoullah b. Abbas, Zayd b. Arqam, Abou Sa'id al-Khoudari et d'autres…

Nous pouvons examiner, à présent, comment un hadith rapporté par un compagnon parvient à des traditionnistes afin de comprendre les différentes voies de transmission: Prenons par exemple le hadith d'Abi Sa'id al-khoudari, ce dernier fut rapporté par trois personnes : Abou Nadhrah, Abou Siddiq an-Naji et al-Hassan b. Yazid as-Sa'di. Le hadith transmis par Abou Nadhrah fut rapporté par Abou Dawoud et al-Hakim d'après le récit de Imran al-Qattan. Mouslim le rapporta dans son livre dit «Sahih» d'après le récit de Sa'id b. Zayd et le récit de Dawoud b. Abi Hind sans qu'il soit cité en texto. Le hadith transmis par Abou Siddiq an-Naji fut rapporté par Abdou-r-Razzaq, al-Hakim qui l'a pris de Mouawiyah b. Qarra. Il fut également rapporté par Ahmad, At-Tirmidhi, Ibn Majah et al-Hakim d'après le récit de Zayd al-Ammi. Ahmad et al-Hakim l'ont rapporté d'après le récit de Awaf fils d’Abou Joumaylah, al-Hakim l'a également rapporté d'après le récit de Soulayman b. Oubayd. Ahmad et Al-Hakim l'ont repris du récit de Matar b. Tahman et Abou Haroun al-Abdi, Ahmad l'a rapporté d'après le récit de Matar b. Tahm ân, ainsi que des récits de al-Ala' b. Boushayr al-Mazni et de Matraf.  Quant au récit transmis par al-Hassan b. Yazid, il fut rapporté par at-Tabarani dans al-Awsat d'après le récit d'Abou Wasil Abd b. Houmayd qui l'avait pris d’Abou Siddiq an-Naji. Ainsi, si nous étudions l'ensemble des chaînes de transmission à partir de tous les compagnons qui ont rapporté les hadiths sur l'Imam Al-Mahdi (ajf), nous pouvons réaliser qu'il ne peut y avoir de doute là-dessus.

Quant aux musulmans chiites imâmites duodécimains, la croyance en l'apparition de l'Imam Al-Mahdi (as) est pour eux un des fondements la religion islamique, et toute question doctrinaire doit nécessairement s'appuyer sur la véracité des hadiths. Ainsi, leurs savants font remonter les hadiths d'Al-Mahdi (ajf) au prophète (pslf) lui-même, à sa noble famille et à ses prestigieux compagnons.  Les savants sunnites ont jugé, pour la plupart, de la véracité des hadiths rapportés concernant l’imam Al-Mahdi (ajf).

Maintenant nous posons les questions suivantes: quelle est la cause des divergences ou même des avis contradictoires concernant ces hadiths, laissant croire qu'il s'agit de mythe?  Ces divergences sont-elles réelles et définitives ? Selon quels critères pouvons-nous juger les prétentions des uns et des autres ?

Pour y répondre, nous devons, au préalable, examiner les hadiths eux-mêmes, distinguer les différents thèmes qu'ils abordent, étudier les divergences relatives à chaque thème et essayer de déterminer ce qui fut inventé, altéré ou authentifié.

 

II)- Récits relatifs à la lignée de l'Imam Al-Mahdi (ajf) :

Les récits se rapportant à la lignée de l'Imam Al-Mahdi (ajf) présentent certaines divergences superficielles susceptibles d’être surmontées tant que les éléments se complètent les uns les autres et confirment les hadiths authentiques qui énoncent qu'il est l'un des fils de l'Imam al-Hussein (as).  Les hadiths relatifs à la lignée de l'Imam Al-Mahdi se limitent, dans l'ensemble, à proclamer qu'il est Quraychite, Hachémite, Alawite, Husseinite et d'autres qui n'infirment en rien ces généralités. Certains affirment qu'il est Quraychite, d'autres qu'il est de Banou Hachim, d'autres encore qu'il fait partie des enfants de Abdou-l-Mouttalib (psl). En cela, nulle divergence entre eux.  Des hadiths affirment qu'il est un fils d'Abou Taleb (psl), d'autres un fils d'Abbas oncle du Prophète (pslf)...

La divergence apparente entre les deux groupes de hadiths peut être levées si l'on se réfère au fait que la mère d'Al-Mahdi était des fils d’Abbas et son père de Banou Taleb. Mais nous démontrerons qu'en réalité, tous les hadiths remontant sa lignée à Banou-l-Abbas sont faibles ou ajoutés.  Des hadiths affirment qu'il fait partie d’Al Mohammad (pseux), d'autres qu'il est membre de ses Ahlou-l-Beit, ou de sa « Itrah ». Ces hadiths ne présentent aucune contradiction puisque Al, Ahl et Itrah, d'après les ouvrages linguistiques, portent la même signification. D'autre part, il ne fait aucun doute que l’imam Ali (a), le commandant des croyants, fait partie des Ahlou-l-Beit comme cela est confirmé par le hadith d'al-Kissa reconnu à l'unanimité : ‘’…ô mon Dieu, ceux-là sont mes Ahlou-l-Beit (gens de ma famille Prophétique)…’’ (extrait de son Hadith connu, que la paix soit sur lui et sur sa sainte famille). Le vénérable prophète a donc spécifié la lignée d'al-Mahdi, ce qu'affirment de nombreux hadiths. Les uns font remonter sa lignée à Ali (as). Etant donné que l'Imam Ali (as) eut d'autres fils qu'Al-Hassan et Al-Hussein (pseux) après le décès de Fatima Zahra (pse), des hadiths spécifièrent que l'Imam Al-Mahdi fait partie de la lignée de Fatima Zahra. Tous ces hadiths peuvent être regroupés dans un seul, rapporté par Qoutadah qui dit :

 ‘’…J’ai demandé à Sa'id b. al-Moussayyab : Al-Mahdi, est-il une vérité ? Il répondit : Oui. Je demandai : Qui est ce ? Il répondit : De Quraych ; je demandai : de quel Quraych ? Il répondit : de Banou Hachim. Je demandai : de quel Banou Hachim ? Il répondit De Banou Abdou-l-Mouttalib. Je demandai de quel Banou Abdou-l-Mouttalib? Il répondit des fils de Fatima (as)…’’

Ce hadith est rapporté, entre autres, par Ibnou-l-Mounadi, d'après Sa'id b. al-Moussayyab qui le cite d'après le prophète (pslf). Le hadith d’ ’’…al-Mahdi est une vérité, il est un des fils de Fatima (as)…’’ fut consigné dans quatre-vingt-quatre sources utilisées par les deux clans. Les sources sunnites seules sont de cinquante-six.  Quatre des savants sunnites ayant rapporté ce hadith ont clairement indiqué qu'il se trouvait dans Sahihou Mouslim : Ibn Hajar al-haytami dans ‘’As-Sawaiqou-l-Mouhiriqah’’, al-Mouttaqi-l-Hindi dans ‘’kanzou-l-Oummal’’, Mohammad b. Ali as-Sabban dans ‘’Iss'afou-r-Raghibin’’ et Hassan al-Adawi al-Maliki dans ‘’Mashariqou-l-Anwar’’. Hélas, je n'ai pu trouver ce hadith dans trois éditions différentes de Sahihou Mouslim.  Nous pouvons cependant noter certains noms de ceux qui ont approuvé l'authenticité de ce hadith : al-Baghawi, al-Quortobi et al-Hakim an-Nissabouri ainsi qu'as-Souyouti et Ibn Hajar al-Haythami…

Certains savants ont reconnu sa fréquence, tel al-Barazanji qui déclare dans al-Isha'a : …les hadiths se rapportant à l'existence (woujoud) d'al-Mahdi et son apparition à la fin des temps, qu'il fait partie de la Itrah du Messager d'Allah (pslf) et des fils de Fatima a atteint un certain degré de fréquence. Il est donc reconnu, chez les Chiites Imamites et les Sunnites, que l'Imam Al-Mahdi (ajf) fait partie de la descendance de Fatimatou-z-Zahra (Salamollahi alaiha)…

 

III)- Les hadiths affirmant qu'Al-Mahdi (ajf) fait partie de la descendance d'al-Abbas, oncle du saint prophète (pslf):

Un certain nombre de récits tirés des ouvrages de hadiths utilisés par les Sunnites font état qu'al-Mahdi serait de la descendance d'al-Abbas, oncle du prophète (pslf). Nous essayerons de démontrer que ces hadiths ne sont pas nécessairement contradictoires avec la première conclusion que nous avons exprimée plus haut. Cependant, il convient de noter qu'il ne faut pas s'appuyer sur ces récits pour rejeter d'autres récits authentiques sous prétexte qu'ils sont contradictoires et en accusant de mensonges les autres parties. En fait, ce qui peut être contradictoire doit être de la même importance et ne pas jouir du seul fait d’être authentique. Un récit peut être rapporté de façon correcte mais les indices extérieurs peuvent démontrer son irrecevabilité. De même un récit peut être rapporté par une ou deux chaînes et un autre contradictoire par des dizaines d'autres chaînes. On ne pourra les considérer contradictoires du seul fait de la confiance des traditionnistes. Nous démontrerons que les hadiths faisant remonter l'Imam al-Mahdi (s) à la lignée d'al-Abbas b. Abdou-l-Mouttalib ne peuvent prétendre à un niveau égal aux hadiths qui affirment qu'il est de la descendance de Fatima (a). 

A- Le récit des étendards noirs :

Ahmad rapporte dans son Mousnad la parole du saint prophète (pslf) : ‘’… si vous voyez les étendards noirs venant de Khourassan (environs Machehad, Iran), accourez-y, même si vous devez ramper sur la neige, car le Calife d'Allah, al-Mahdi, s'y trouve…’’. À partir de Waki, Choraik et Ali b. Zayd, Ce hadith fut également rapporté, avec de légères variantes, par al-Balkhi et Ibn Majah. Mais nous pensons que rien dans ce hadith n'indique que Khalifatou-llahi al-Mahdi (ajf) soit le fils d’Abbas, ou plus précisément al-Mahdi abbasside, ni que les étendards noirs soient ceux de Banou (les descendants d’) Abbas en particulier. En effet, le calife abbasside al-Mahdi n'apparut pas à la fin des temps, il ne tua pas l'imposteur, le christ (psl) ne l'aida pas à le tuer et aucun signe n'apparut pour confirmer cette interprétation. D'autre part, le calife al-Mahdi gouverna entre 158 et 169 de l'hégire, date à laquelle il mourut, preuve qu'il ne peut être al-Mahdi de la fin des temps.  Par ailleurs, ce hadith d’Ahmad fut mis en doute par Ibn al-Qayyim dans son livre «Al-Manarou-l-Mounif » à cause d’Ali b. Zayd qui, selon lui, n'est pas un rapporteur de confiance. 

 

B- Le récit sur la fixation des étendards noirs à Iliya:

Ce hadith fut rapporté par Tirmidhi à partir d'Abou Hourayrah qui disait: ‘’ le messager d'Allah (pslf) a dit : " des étendards noirs surgiront de Khourassan, rien ne les arrêtera jusqu'à ce qu'ils soient plantés à Iliya…’’. Nous pouvons avancer les mêmes arguments que précédemment pour réfuter ce hadith. Ibn Kathir dit, à propos de ce hadith: Il est étrange, et ces étendards noirs ne sont pas ceux que portaient Abou Mouslim al-Khourassani qui mit fin à l'Etat de Banou Oumayyah (les omeyyades) en l'an 132, mais des étendards noirs différents qui accompagneront Al-Mahdi (s). Puis il ajouta : ‘’ On entend par al-Mahdi, le personnage que l'on attend à la fin des temps ; l'origine de son apparition et de son retour est située à l'Est ".

Nous pensons que les Abbassides ont profité de ce hadith qui a jeté un doute sur certains hadiths relatifs à al-Mahdi (ajf) et notamment celui des étendards qui est rapporté de diverses manières par les deux parties (chiites et sunnites). Cependant, le fait de douter de certains transmetteurs ne signifie pas le rejet absolu du hadith sous toutes ses formes en l'accusant d’être inventé. De même, il n'est pas interdit de penser que le fait d'adopter le noir pour couleur par les Abbassides est une façon de détourner le hadith à leur avantage.

 

C- Le récit disant qu'Al-Mahdi est de la descendance de mon oncle Al-Abbas:

Ce hadith fut rapporté par trois personnes de la première époque : Ka'b al-Ahbar, Othman b. Affan et Abdoullah b. Omar. Le premier ne peut servir d'argument puisque dans la chaîne de transmission se trouve un cheikh sans autre mention utile. Le hadith d'Ibn Omar n'est pas non plus valable dans ce contexte puisqu'il dit: ‘’…un homme sortira de la descendance d’Abbas…’’, cet homme n'étant pas nécessairement al-Mahdi. Quant au hadith d’Othman déclare avoir entendu le prophète (pslf) dire : « Al-Mahdi est de la descendance de mon oncle Al-Abbas… ». Les savants sunnites se sont unanimement prononcés pour le rejeter.  As-Souyouti affirme qu'il s'agit d'un hadith faible ; et à cause de la présence de Mohammad b. al-Walid dans la chaîne de transmission, ad-Daraqotni, Ibn Hajar, Adh-Dhabi refusent de le prendre en compte. 

 

D- Le hadith d'Oum al-Fadhl :

Al-Khatib al-Baghdadi dans Tarikh (Histoire de) Baghdad et Ibn Assakir dans Tarikh (Histoire de) Dimachq rapportent le récit fait par Rachid al-Hilali, à partir de Handhalah, Tawous, Ibn Abbas, Oum al-Fadhl (fille d'al-Harith al-Hilali), Sa'id b. Khaytham, que le prophète (pslf) a dit : " …O Abbas ! Lorsque viendra l'an 135, ce sera en ta faveur et celle de tes fils, parmi eux (se trouvent) As-Saffah, al-Mansour et al-Mahdi…’’. Adh-Dahahabi réfute ce hadith à cause de la date, car le début du règne des abbassides est en l'an 132 et non 135. De plus aucune preuve n'est avancée sur le fait qu'il s'agit d'Al-Mahdi (ajf), le personnage attendu pour la fin des temps. 

 

E- Le hadith d’Abdoullah b. Abbas :

Il rapporte que le prophète (pslf) a dit, parlant de son oncle : ‘’ …C'est mon oncle ; le père des quarante califes, celui qui a la main la plus généreuse et la plus belle de Quraych. Parmi ses fils, as-Saffah, al-Mansour, al-Mahdi. Par moi, ô mon oncle, Allah a ouvert cette question et Il l'achèvera par un de tes fils…’’. As-Souyouti qui le rapporte, le juge faible, ainsi qu'Ibn Kathir dans al-Bidayah Wan-Nihayah et Al-Bayhaqi.  En réalité, les califes abbassides ne furent pas quarante mais trente-sept et al-Abbas n'était pas le plus généreux des Quraychites, le fut celui qui fut mentionné dans le Saint Coran pour avoir dormir avec sa famille, trois jours de suite, le ventre creux afin de satisfaire leur Seigneur (veut dire Ali, Fatima, Hassan et Hussein, que la paix soit sur eux tous). Un autre hadith d'Ibn Abbas raconte que le prophète (pslf) a dit à son oncle al-Abbas : ‘’...Allah commença l'Islam par moi et l'achèvera par un de tes fils, c'est celui qui s'avancera vers Issa b. Maryam…’’. Adh-Dhahabi met en doute ce hadith à cause de sa transmission par Mohammad b. Moukhlid al-Attar, et s'étonne qu'al-Khatib l'ait mentionné sans le critiquer. 

 

IV)- Divergences des hadiths concernant le nom du père d'al-Mahdi (pseux) :

La détermination du prénom du père d'al-Mahdi (pseux) dans les recueils de hadiths représente une source importante de divergences qu'il nous faudrait aborder dans cette étude, et notamment parce que les négateurs de l'existence d'al-Mahdi s'appuient sur elles. Certains hadiths avancent que le prénom de son père est Abdoullah comme celui du père du prophète (pslf) à cause du hadith : " Son nom est le mien et le prénom de son père est le même que celui de mon père ". Certains récusent cette affirmation, disant que son prénom est al-Hassan, en l'occurrence l'Imam al-Hassan al-Askari (s), fils de l'Imam Ali al-Hadi (as). Les chiites duodécimains ont adopté cette version, appuyés en cela par de nombreux ulémas sunnites. Quoiqu'il en soit, les deux clans croient en l'apparition d'al-Mahdi à la fin des temps et pensent que ce genre de divergence ne peut mettre en cause ou nier ce que le prophète (pslf) lui-même a affirmé. Il reste à déterminer qui est al-Mahdi à quel lignage appartient-il, qui est son père, quelle sont ses caractéristiques et quels sont les signes de son apparition et quelle sera la durée de son règne ?

Tout ceci ne fut pas précisé par le prophète (pslf). Cela ne nous empêche pas de lever les obstacles pour parvenir à des points de vue communs car dans la division des Musulmans réside leur soumission et dans leur unité, leur grandeur et leur force.  C'est cela qu'une discussion menée sainement, dans un esprit fraternel, éloignée de tout chauvinisme peut nous aider à surmonter ces obstacles, et la discussion à propos du père d'al-Mahdi rentre dans ce cadre. Plusieurs hadiths affirment que son prénom est Abdoullah, comme celui du père du prophète (pslf), certains de ces hadiths sont communs aux deux parties. Cependant, les chiites imamites croient autrement mais voulant reprendre les hadiths tels quels, sans altération, des recueils sunnites, ils ont repris les hadiths en question tout en indiquant leurs sources. Par ailleurs, dans l'histoire musulmane, apparurent deux personnages qui prétendirent au mahdisme, le premier étant Mohammad b. Abdoullah b. al-Hassan al-Mouthanna qui se révolta à l'époque d'al-Mansour (136-158 H) avant de mourir en 145 H, le second étant Mohammad b. Abdoullah al-Mansour le calife abbasside surnommé al-Mahdi (158- 169 H), le premier étant hassanien, le second abbasside. Il n'est pas étonnant de penser que les Abbassides et les Hassaniens aient voulu prouver que les personnes citées soient elles-mêmes al-Mahdi, étant donné le prestige et l'espoir qui auraient accompagné l'apparition d'al-Mahdi.

Nous étudions à présent les hadiths relatifs au prénom du père d'al-Mahdi afin de déterminer lesquels sont douteux, à moins qu'ils ne soient intégrés dans une explication plus vaste.

 

Le premier hadith :

" Le monde ici-bas ne finira pas avant qu’Allah n'envoie un homme de mes Ahlou-l-Beit, son prénom est semblable au mien et le prénom de son père semblable à celui de mon père ". Les principaux traditionnistes ayant rapporté ce hadith sont Ibn Abi Chaybah, At-Tabarani et al-Hakim à partir de Assim b. Abi Noujoud, Dharr b.Houbaych, Abdallah b. Mas'oud, de prophète (pslf). Chez les chi'ites, al-Majlisi ath-Thani (le deuxième) l'a cité dans Biharou-l-Anwar à partir d'al-Irbili, qui l'avait pris du livre Al-Arba’in d'Abou Na'im al-Asbahani. 

 

Le second hadith :

" L'heure ne viendra pas avant que les gens ne soient gouvernés par un homme de mes Ahlou-l-Beit, son prénom est semblable au mien et le prénom de son père est semblable à celui de son père ".  Ce hadith est rapporté par Abou Amr ad-Dani et al-Khatib à partir de Assim et Abdoullah b. Mas'oud. Les chi'ites n'ont pas rapporté ce hadith. 

 

Le troisième hadith :

" al-Mahdi, son prénom ressemble au mien, le prénom de son père à celui de mon père " fut rapporté par al-Khatib al-Baghdadi et Ibn Hajar à partir de Assim et Abdoullah b. Mas'oud chez les Sunnites, et Ibn Tawous qui le reprend d'Ibn Hammad chez les chi'ites. Il faut remarquer, au sujet de ces trois hadiths, qu'ils ne sont pas repris ainsi chez les traditionnistes les plus réputés. Ahmad b. Hanbal par exemple, ne mentionne que la première partie : " Son prénom est semblable au mien " ; ainsi qu’at-Tirmidhi et at-Tabarani qui ont mentionné à plusieurs endroits sa première partie uniquement. Ces traditionnistes ne peuvent pas ne pas connaître la seconde partie du hadith rapportée à partir de Assim b. Abi Noujoud bien qu'ils aient rapporté d'autres hadiths de lui, ce qui prouve qu'ils ne croient pas à l'authenticité du rajout de le seconde partie : " et le prénom de son père est semblable à celui de mon père ". Certains ulémas des deux parties ont essayé d'interpréter cette partie rajoutée mais al Kanji ash-Sharifi'i répondit à ces tentatives : Il est inutile d'interpréter ce récit, en témoigne l'attitude d’Ahmad qui, par sa précision et son autorité, a rapporté ce hadith : " son prénom est le mien ".  Par conséquence, le hadith et ‘’...le prénom de son père est semblable à celui de mon père…’’ ne peut contredire le fait que le prénom du père d'Al-Mahdi soit al-Hassan (as), confirmé par des récits chez les deux parties. Par ailleurs, la précision concernant son appartenance à Ahlou-l-Beit, descendant de l'Imam Ali (a) et que plus de cent vingt-huit ulémas des deux parties affirment que son père est l'Imam Al-Hassan (as) nous font pencher en faveur de cette explication. 

 

V)- Le hadith : Al-Mahdi est de l'Imam al-Hassan (as) :

Ce hadith confirme ce qui fut dit au départ, qu'Al-Mahdi (ajf) fait partie de la descendance de Fatimatou-z-Zahra (pse). Cependant, des discussions eurent lieu pour savoir s'il fait partie de la descendance d'al-Hassan, fils de l'Imam Ali plutôt que d'al-Hussein (pseux). Un récit rapporté par Abou Dawoud dit : " Haroun b. al-Moghirah rapporte à partir d’Omar b. Abi Qays, Chou'ayb b. Khalid, Abi Ishaq que Ali (a) a dit regardant son fils al-Hassan: " mon fils, celui-ci est maître comme l'a nommé le prophète (pslf), il en sortira un homme du nom de votre prophète, qui lui ressemble dans sa morale mais non dans l'apparence, qui inondera le monde de justice… ".  Ce hadith avance qu'Al-Mahdi fait partie de la descendance de l'Imam al-Hassan et non d'al-Hussein, comme cela est rapporté dans des dizaines d'ouvrages sunnites. Mais, à part Abou Dawoud, personne n'a cité ce hadith. Au contraire, al-Jazri affirme : " Il est plus juste de dire qu'il est de la descendance d'al-Hussein b. Ali étant donné que l'Imam Ali l'a lui-même dit, tel que cela fut rapporté par Abdou-l-Hassan al-Boukari, Mohammad ad-Dariqazi, Abdul Badr al-Karkhi, Abou Bakr al-Khatib, Abou Omar al-Hachimi, Abou Ali al-lu'lu'i, Abou Dawood qui rapporte : (suit le même hadith, mais en regardant l'Imam al-Hussein). Dans Aqd ad-Dourar d'al-Maqdissi, le hadith d'Abou Dawoud est rapporté excepté qu’Ali regarde al-Hussein et non al-Hassan (pseux). Ce hadith ne peut être pris en compte car son rapporteur, Abou Ishaq, c'est-à-dire As-Soubay'i n'est pas connu pour avoir rapporté des hadiths de Ali (as) ; il n'avait d'ailleurs que sept ans lors du martyre du commandant des croyants. Malgré tout, bien que nous pensons que ce hadith ne peut être utilisé pour une argumentation, nous pouvons tenter de rassembler les deux hadiths (fils de l'Imam al-Hassan ou fils de l'Imam al-Hussein) car al-Mahdi (ajf) est en réalité de la descendance des deux Imams, si l'on prend en compte que la mère de l'Imam Mohammad al-Baqir, l'épouse de l'Imam Ali b. al-Hussein, est Fatima, fille de l'Imam al-Hassan (bénits soient-ils).

 

VI)- Al-Mahdi est Issa fils de Maryam (pseux):

Ce hadith fut favori chez les orientalistes pour réfuter l'apparition d'al-Mahdi annoncée par le prophète (pslf). Il fut rapporté par Ibn Majah dans ses Sounan alors qu'il avait déjà rapporté le hadith précédent : " al-Mahdi est une vérité, il est de la descendance de Fatima ". Mais il dit, par ailleurs : " … il n'y a de Mahdi que Issa b. Maryam ". Ce hadith fut rejeté par tous les oulémas sunnites qui l'ont rapporté ainsi qu'Ibn al-Qayyim : " ce hadith rapporté par Ibn Majah dans ses Sounan, à partir de Younous b. Abdou-l-A'la ach-Chafi'i, Mohammad b. Khalid al-Joundi, Abban b. Salih, al-Hassan, Anas b. Malik et Mohammad b. Khalid fut le seul à en assumer la paternité ".  Il semble que Mohammad b. Khalid avait l'habitude d'ajouter des expressions dans les hadiths qu'il rapportait comme Ibn Hajar l'explique dans at-Tahdhib. Al-Qurtoubi ajoute : sa phrase " il n'y a de Mahdi que Issa " contredit les hadiths relatifs à ce chapitre puis ajoute : " les hadiths du prophète (pslf) qui disent explicitement qu'al-Mahdi apparaîtra, parmi les membres de sa famille, de la descendance de Fatima font plus juste que celui-ci ". 

 

VII)- Divergences des hadiths sur la durée du règne d'al-Mahdi (ajf) :

Du moment que les divergences portant sur la durée de règne d'al-Mahdi (ajf) ne remettent pas en cause le fondement même de la question que nous discutons, nous nous contenterons ici de l'exposer rapidement : Certains hadiths parlent de cinquante années, d'autres de sept, de dix-neuf, de vingt ou de quarante années. Nous pouvons expliquer ces divergences par le fait que le règne de l'Imam al-Mahdi (ajf) ne sera pas constamment appuyé par la même force et présence.  Si nous revenons aux hadiths du prophète (pslf), nous apprenons qu'ils annoncent " qu'il (ajf) inondera la terre de justice et d'équité après qu'elle ait été submergée par l'injustice et l'iniquité " et que la religion de Mohammad (pslf), L'Islam, sera l'unique religion sur terre au cours du règne d’Al-Mahdi. Donc, il ne règnera pas sur un peuple, mais sur la terre entière, comme il faudra prendre en compte l'hypocrisie intérieure et extérieure, la venue de l'imposteur et la lutte finale contre lui avec l'aide d’Issa b Maryam (pseux). Si nous prenons en compte tous ces éléments, nous pouvons considérer que les différentes durées mentionnées expriment des données différentes et ne se contredisent pas nécessairement.

 

VIII)- Divergence des hadiths chiites concernant Al-Mahdi (ajf) :

Si nous abordons ce point, c'est pour éviter que ces hadiths divergents ne soient pris pour réfuter ce qui est justement établi. Les hadiths rapportés dans les recueils chiites divergent sur le nom de la mère de l'Imam al-Mahdi : Narjis, Souqayl ou Sawssan.  Cette divergence fut avancée pour nier la naissance même de l 'Imam Al-Mahdi (ajf) : sans oublier qu'elle s'ajoute à celle concernant la date de sa naissance. De même, il existe un hadith qui mentionne le témoignage de Jaa'far, fils de l'Imam al-Hadi (s) notant que son frère l'Imam Al-Askari (s) mourut sans avoir de fils. Par ailleurs, des divergences existent à la date de son occultation. Il est nécessaire d'aborder ces points dans le cadre de cette discussion et nous disons que les divergences concernant le nom de la mère d'al-Mahdi (a), sa date de naissance ou la durée de son occultation n'ont pas la même importance que celles niant même sa naissance, au contraire, disons-nous, elles sont un argument en faveur de son existence. Le nom de la mère de l'Imam al-Kadhim (as) n'est pas non plus défini, bien que personne ne mette ne doute son existence. Il est reconnu, majoritairement, que la mère de l'Imam al-Mahdi (ajf) s'appelait Narjis (pse). Quant à la date de naissance, rappelons que des divergences sont rapportées quant à la date de naissance du prophète (pslf), de sa fille Fatima (as), de l'Imam Ali (as) et ses fils (pseux)….etc

Peut-on conclure qu'une telle divergence implique le doute sur leur existence même? Il est quand même reconnu que l'Imam al-Mahdi (ajf) naquit le 15  du mois de Cha'ban de l'an 255 H. d'après non seulement les récits chi'ites mais également ceux adoptés par les Sunnites. Quant au hadith prétendument rattaché à Jaa'far le monteur, de nombreux hadiths, chi'ites et sunnites, le remettent en cause et de ce fait, il ne peut être pris en compte. Quant à la divergence concernant la date de son occultation ; les hadiths les plus fréquents citent la date de l'an 260 H. après le décès de l'Imam Hassan Al-Askari (a). Ainsi, nous remarquons au terme de notre étude critique des hadiths relatifs à l'Imam Al-Mahdi (ajf) que la plupart ne sont pas contradictoires, bien que divergents car la contradiction ne peut avoir lieu, à moins de remettre en cause la parole du prophète (pslf). Les divergences sont minimes, secondaires, relatives à des détails et ne remettent pas en cause le fondement même de la question. Elles peuvent être levées en rapprochant les hadiths les uns des autres et en les faisant remonter à leurs sources. Certains hadiths faibles peuvent cependant être écartés étant donné qu'ils contredisent les hadiths solidement établis par la tradition, sunnite ou chi’ite. 

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